COMMENT JE SUIS ARRIVÉ·E LÀ ?

 

Directrice artistique : Murielle Bechame

Vidéastes : Delphine Crépin et Cyril Caine

Production : Félicie Mousseaux | Relations avec les publics : Maëva Rigout

«  Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli. »

                                                                              Elie Wiesel, philosophe

LE CONTEXTE

                                                                              

Les appelés avaient une vingtaine d’années lors de la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, ils ont plus de 80 ans. Face à l’urgence du temps qui passe, ravissant les mémoires et laissant un nombre toujours plus réduit de témoins directs, il semble essentiel aujourd’hui de se pencher sur ces questions, qui révèlent plusieurs enjeux, et notamment la construction d'une mémoire commune qui, soixante ans plus tard, a toujours du mal à s'énoncer.

À travers un projet d’ateliers en milieu scolaire, nous voulons mener une réflexion avec des élèves sur la Grande Histoire en s’intéressant à la petite histoire : celles de familles, de proches, de leurs liens avec ce conflit et sa mémoire.

La compagnie ARCAT a présenté début 2018 à la Cartoucherie, au Théâtre du Soleil, une création, « Lili 54-82 : un roman photo ». Cette pièce écrite par Luc Boltanski et mise en scène par Murielle Bechame questionne le rapport entre petite et grande histoire, dans la tourmente de la guerre d’Algérie et l’amnésie qui l'entoure.

Travailler sur ces thématiques nous a amené à nous questionner sur la parole et les mémoires de chacun en remontant le temps. Ce projet construira avec les classes une installation qui proposera de rendre perceptible le processus de la passation de la mémoire.

                                                                              

LES ATELIERS

                                                                              

Les ateliers nous permettent de rencontrer la génération des petits enfants et d'enregistrer ce qui leur a été transmis ou non, et comment ils vivent cette relation à cette histoire.

De plus, certains conflits comme celui de la guerre d’Algérie sont encore aujourd'hui traités difficilement ou de manière superficielle. Le manque de traitement de fond des questions des conflits coloniaux a des répercussions sociétales : elle favorise une construction de l’imaginaire et continue d’alimenter des a priori qui sont relevés dans plusieurs études, et qui concernent particulièrement les populations issues des anciennes colonies. Travailler sur la mémoire aide à une déconstruction de ces stéréotypes et permet aux élèves de mieux comprendre leur passé personnel à travers celui de la France.

Selon Benjamin Stora, historien spécialiste de la question de la mémoire de la guerre d’Algérie, pas loin de six millions de personnes, en France, ont un lien à travers l’histoire de leur famille avec ce conflit. Il ne semble que justice de rendre compte de cette guerre et de la sortir d’une amnésie générale. Par ailleurs, quels que soient les enjeux personnels en lien avec ce passé, il est évident que cette manière de traiter l’histoire, à travers la petite pour en expliquer la grande, permet de nourrir un questionnement que se pose l’enfant à l’entrée dans l’âge adulte : la recherche de soi, sa construction personnelle, identitaire, le regard qu’il porte sur le monde et les moyens qu’il entrevoit pour agir dessus.

Les ateliers sont proposés aux classes de collège et de lycée notamment en Histoire, Français, Éducation Civique et/ou Arts plastiques, en lien avec les programmes de l'Education Nationale sur les sujets et thématiques concernant : la guerre d’Algérie, les décolonisations, le portrait, la recherche de soi, la construction identitaire de l’élève, la justice, la mémoire… . Ils seront menés auprès d’établissements de différentes régions avec un axe fort de développement sur les régions outremers. Enfin, le projet aboutira à la construction d'une installation qui sera diffusé sur le territoire national.

Chaque groupe bénéficiera de dix heure d'ateliers, pour plus d'information sur le déroulé de ces ateliers, écrivez nous.    

L'INSTALLATION

                                                                              

L'installation a pour ambition de rendre sensible la difficulté qui persiste à faire face à cette histoire, à matérialiser ce silence et la difficulté partagée à rendre compte de l'horreur de cette guerre. La traversée du temps en reliant trois générations permet de rendre compte de la continuité de la violence vécue portée par le poid du silence sur plusieurs générations. À travers les portraits, parfois mouvants, faisant apparaître et disparaître des témoins de cette guerre qui disent leur impossibilité à en parler, la difficulté de dire ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont fait, qui les a souvent enfermer dans un silence et une justification de la haine.

On ne voulait pas trop savoir. Leurs enfants ont souffert de ce mutisme et en sont aussi reconnaissants (cela aurait été trop difficile à entendre) et la génération qui arrive, aujourd'hui lycéenne, cherche à comprendre et à retracer cette histoire, aussi pour comprendre comment les grands-parents en sont arrivés à de tels discours, de tels ressentiments ou alors comment d'un pays lointain leurs grands-parents sont arrivés là…   « Comment j'en suis arrivé.e là ? » cherche à remettre en question cette histoire.

Cette installation se décline en trois espaces successifs, un peu comme une odyssée. Selon les possibilités, ces trois espaces sont soit juste temporel, dans un même espace, soit le lieu permet d'avoir trois espaces distincts.

La salle des regrets : vingt ans : « j'aurais aimé qu'il me raconte mais… » ; « à vingt ans, j'ai dû… j'aurais voulu.»  Toutes générations confondues autour de ceux qui l'ont vécus. La parole des déflagrations sur les vies de chacun autour de ceux qui ont participés à cette guerre.

La salle des soupirs : dire. Enfin dire. Et écouter. ces grands portraits écoutent. Ils nous écoutent. Ils nous surprennent écoutant les murs. Nous nous surprenons écoutant les murs. Ils nous parlent à travers les murs. Murmurent pour nous quand on s'approche. Et les grands portraits apparaissent et disparaissent. Des silhouettes nous montre le chemin.

La salle des possibles ou avant le retour : elles nous traversent et se retournent pour nous regarder. Certaines s'arrêtent et nous parlent. Nous sommes comme Dante aux enfers, la vie est derrière.  les ombres sont autours, de plus en plus nombreuses. La transmission de l'innommable et du vrai est possible. Tout se dit dans l'intimité et la proximité.